LA UNE

🇺🇸 États-Unis - 🇺🇦 Ukraine - 🇪🇺 Europe • Un format diplomatique inédit hier à Washington

Donald Trump, Volodymyr Zelensky et sept dirigeants européens ont tenu un sommet autour d’un éventuel accord de paix avec la Russie. Après sa rencontre controversée avec Vladimir Poutine en Alaska, le président américain a accueilli son homologue ukrainien à la Maison Blanche, entouré d’Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Keir Starmer, Alexander Stubb et Mark Rutte. Les discussions ont porté sur des garanties de sécurité et sur la perspective de futures négociations directes avec Moscou.

L’atmosphère a marqué une rupture avec la visite précédente de Zelensky, en février, lorsqu’il avait été publiquement rabroué par Trump. Cette fois, le président ukrainien a multiplié les gestes de conciliation, allant jusqu’à troquer son uniforme militaire contre une veste sombre. Le tête-à-tête entre les deux hommes a été suivi d’échanges élargis aux Européens. Zelensky a salué « la meilleure conversation » qu’il ait eue avec Trump depuis le début du conflit.

Le cœur du sommet a porté sur des garanties de sécurité pour l’Ukraine. Trump a affirmé qu’un cadre associant les États-Unis et plusieurs pays européens serait mis en place, un document officiel devant être signé dans les prochains jours. Kiev espère ainsi s’assurer de soutiens militaires en cas de nouvelle agression. Mais Moscou refuse tout mécanisme impliquant l’Otan et son principe de défense collective.

Sur le plan politique, une divergence est apparue entre Washington et les Européens. Alors que Trump s’est aligné sur l’idée d’un « accord de paix » soutenu par Poutine, l’Allemagne, la France et leurs partenaires exigent un cessez-le-feu préalable. « Nous devons accentuer la pression sur la Russie », a martelé Friedrich Merz. Emmanuel Macron a menacé d’un renforcement des sanctions en cas d’échec. Tous ont rejeté toute concession territoriale, ligne rouge pour Zelensky.

En toile de fond, Trump prépare désormais une rencontre trilatérale entre Poutine, Zelensky et lui-même. Le président ukrainien s’y est dit favorable, tout en assurant que les questions de frontières resteraient une affaire bilatérale avec Moscou. Côté russe, le Kremlin s’est montré réservé, parlant seulement d’une « possibilité à étudier ». Poutine a proposé Moscou pour la rencontre, ce que Zelensky a immédiatement refusé. Dans le même temps la Suisse a affirmé qu’elle garantirait l’immunité de Poutine (poursuivi pour crimes de guerres par la CPI) si une visite éventuelle sur son sol avait pour objet un processus de paix. Les Européens réclament de participer à ces futures négociations, estimant que les garanties de sécurité concernent l’ensemble du continent.

Opinion • Les leaders européens hier ont paru soulagés de la teneur des échanges. Dans les discours publics, il semble que le processus de paix avance. Le hic, c’est que cette rencontre n’a pas été préparée rigoureusement : pas de programme officiel, pas d’ordre du jour, pas de déclarations communes écrites à l’issue.

Même si la paix en Ukraine semble se rapprocher, on reste donc sur des déclarations orales, qui varient parfois d’un leader à l’autre (d’un jour à l’autre, pour Trump).

Concrètement, la délégation européenne arrivée en force hier à Washington a servi à éviter la catastrophe de février dernier, mais il s’agit de passer aux actes, et c’est dans les travaux pratiques (et techniques), notamment avant et après un éventuel sommet trilatéral Trump-Zelensky-Poutine que l’on pourra juger si la paix avance vraiment.

EN BREF

Par ailleurs…

🇮🇱 Israël - 🇵🇸 Gaza • Israël exige la libération de tous les otages avant d’accepter la trêve. Une source gouvernementale israélienne a affirmé que la position de Tel Aviv reste inchangée : aucun cessez-le-feu ne sera accepté sans la libération de l’ensemble des otages. Le Hamas a pourtant accepté hier une proposition de médiateurs égyptiens, qataris et américains pour une trêve de 60 jours prévoyant des libérations en deux étapes. Israël n’a pas encore donné de réponse officielle, tandis que son armée poursuit ses opérations à Gaza. Selon l’ONU, 49 des 251 otages du 7 octobre 2023 restent détenus, dont 27 seraient morts.

🇸🇸 Soudan du Sud • L’ONU alerte sur un risque d’extension du conflit aux pays voisins. Les affrontements relancés depuis mars entre les forces du président Salva Kiir et celles de son rival Riek Machar menacent de déborder hors des frontières, selon Martha Pobee, sous-secrétaire générale de l’ONU pour l’Afrique. Début août, des échanges de tirs avec l’armée ougandaise avaient déjà fait six morts près de la frontière. L’ONU souligne aussi l’effondrement humanitaire : plus de la moitié de la population, soit 7,7 millions de personnes, souffre d’insécurité alimentaire grave, alors que les élections promises pour décembre 2026 paraissent compromises. RFI

🇺🇦 Ukraine - 🇺🇸 États-Unis • Zelensky propose d’acheter jusqu’à 100 milliards de dollars d’armes américaines pour obtenir des garanties de sécurité après la guerre, faute d’adhésion possible à l’Otan. Le président ukrainien a évoqué hier un contrat massif d’équipements militaires, dont des systèmes Patriot, financé par l’Union européenne. Kiev demande aussi à Washington d’investir 50 milliards pour développer sa production de drones. RFI

🇰🇵 Corée du Nord • Kim Jong-un dénonce les manœuvres militaires américano-sud-coréennes et promet d’accélérer la nucléarisation lors d’une visite au port de Nampo, où il a inspecté le Choe Hyon, son destroyer le plus avancé, équipé de systèmes nucléaires potentiels. Les exercices Ulchi Freedom Shield mobilisant 21 000 soldats ont débuté en Corée du Sud, que Pyongyang qualifie de répétitions d’invasion. Kim a jugé la situation sécuritaire « de plus en plus grave » et exigé des contre-mesures « proactives et écrasantes », annonçant la mise en service du navire l’an prochain et la construction de deux autres destroyers nucléaires.

🇻🇪 Venezuela • Nicolas Maduro annonce le déploiement de 4,5 millions de miliciens face aux menaces américaines. Le président vénézuélien a déclaré vouloir activer un « plan spécial » mobilisant plus de 4,5 millions de miliciens pour couvrir tout le territoire national, alors que les États-Unis ont renforcé leur présence militaire dans les Caraïbes et doublé à 50 millions de dollars la récompense promise pour son arrestation. Maduro a présenté cette mobilisation comme une défense de la souveraineté du pays, appelant ouvriers et paysans à s’armer de « fusils et missiles » face aux pressions de Washington.

🇧🇴 Bolivie • La gauche éliminée, deux candidats de droite au second tour. Le premier tour de la présidentielle a vu le sénateur de centre droit Rodrigo Paz arriver en tête avec 32,1 % des voix, devant l’ex-président Jorge « Tuto » Quiroga (26,8 %). Le scrutin du 19 octobre départagera les deux hommes, dans un pays marqué par une inflation de 25 % et une pénurie de dollars. Le président sortant Luis Arce, affaibli par la crise et en conflit avec Evo Morales, n’a pas brigué de second mandat. Le candidat du MAS, Eduardo del Castillo, est relégué loin derrière, confirmant la fin d’un cycle de vingt ans de domination socialiste.

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