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Soudan, la guerre oubliée

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Soudan, la guerre oubliée

Le Soudan compte officiellement plus de 15 millions de déplacés, le premier exode au monde, et quelque 30 millions de personnes plongées dans un besoin d'aide urgente.

Quentin Souléry
Quentin Souléry

22 February 2026

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Le 15 avril 2023, à l'aube, Khartoum se réveille sous les obus. Les détonations résonnent dans les rues de la capitale soudanaise depuis les quartiers chics du nord jusqu'aux faubourgs populaires du sud. Des colonnes de fumée noire s'élèvent au-dessus de la ville de cinq millions d'habitants, ancienne jonction du Nil Bleu et du Nil Blanc, jadis symbole d'un Soudan en transition vers la démocratie. Ce matin-là, deux hommes qui s'étaient partagé le pouvoir à la tête d'une junte militaire depuis 2019 ont décidé de régler leurs comptes par les armes. D'un côté, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef des Forces armées soudanaises (FAS), l'armée régulière qui gouverne le pays de manière quasi ininterrompue depuis l'indépendance en 1956. De l'autre, le général Mohamed Hamdan Daglo, dit "Hemedti", commandant des Forces de soutien rapide (FSR), milice paramilitaire héritière des tristement célèbres janjawids du Darfour.

En moins de 72 heures, la guerre s'embrase dans toute la capitale. Ce que d'aucuns avaient cru être une querelle de casernes passagère allait devenir, en l'espace de quelques mois, la pire crise humanitaire de la planète. Près de deux ans et demi plus tard, le Soudan compte officiellement plus de 15 millions de déplacés, le premier exode au monde, et quelque 30 millions de personnes plongées dans un besoin d'aide urgente, soit plus de la moitié de sa population totale. La famine, officiellement déclarée dans dix zones du pays, s'étend inexorablement. Les chiffres de morts varient selon les sources, jusqu’à 150 000 selon les estimations les plus larges, dans un pays où "ceux qui auraient pu effectuer ce décompte sont eux-mêmes morts ou déplacés", comme le résumait, amer, un chercheur de l'université de Yale.

Ce qui se joue au Soudan n'est pourtant pas qu'une guerre civile de plus dans un continent qui en a trop connu. C'est un conflit qui superpose des fractures historiques profondes : ethniques, tribales, régionales, à une compétition géopolitique internationale d'une intensité rare. Les Émirats arabes unis, la Russie, l'Égypte, l'Iran, la Turquie, voire l'Ukraine : pas moins d'une dizaine de puissances étrangères s'affrontent par milices et drones interposés sur le sol soudanais. Pendant ce temps, le monde regarde ailleurs. Englouti sous le vacarme de la guerre en Ukraine, du conflit à Gaza, des tensions en mer de Chine, le drame soudanais peine à trouver son heure d'antenne. L’une des crises les plus graves du monde reste, pour l'essentiel, une guerre oubliée.

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PUBLIÉ DEPUIS Paris, Europe 🇪🇺


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