Début mars 2026, les dirigeants européens se réunissaient en sommet d'urgence à Bruxelles, l'oeil rivé sur les écrans qui diffusaient les images de colonnes de fumée s'élevant au-dessus de Ras Laffan, le plus grand complexe de production de gaz naturel liquéfié du Qatar. Des missiles iraniens venaient de frapper l'installation, qui gère à elle seule 20 % de l'offre mondiale de GNL. En quelques heures, le prix du gaz sur le marché européen TTF bondissait de 50 %, frôlant des niveaux qui n'avaient plus été atteints depuis la crise de 2022. Le baril de Brent franchissait la barre des 100 dollars. Pour la troisième fois en cinq ans, le continent découvrait, stupéfait, combien sa prospérité reposait sur des fondations géopolitiques aussi instables qu'une colonne de gaz à haute pression.
L'image est saisissante, mais la leçon n'est pas neuve. En 2022, c'était Vladimir Poutine qui, en envahissant l'Ukraine, avait d'un coup de main fermé le robinet gazier russe, plongeant des millions d'Européens dans l'angoisse de passer l'hiver sans chauffage et contraignant l'industrie du continent à rationner sa consommation. Avant lui, ce furent les chocs pétroliers de 1973 et 1979. La dépendance de l'Europe aux énergies fossiles importées n'est pas une nouveauté. Elle est une constante de son histoire économique, une faiblesse structurelle que des décennies d'intégration des marchés et d'abondance énergétique ont contribué à occulter.
Ce qui est nouveau, en revanche, c'est la conjonction inédite de pressions qui pèsent aujourd'hui sur le Vieux Continent. La crise climatique, d'abord, impose une sortie des fossiles dictée par l'urgence physique du dérèglement. La guerre en Ukraine, ensuite, a brusquement transformé l'énergie en outil de guerre et en instrument de chantage. L'administration Trump, enfin, utilise les exportations de gaz naturel liquéfié américain comme levier de pression commerciale, exigeant de Bruxelles des achats massifs pour éviter des droits de douane punitifs. L'Europe se retrouve ainsi coincée entre une dépendance fossile qu'elle doit absolument réduire pour des raisons climatiques, et des dépendances géopolitiques nouvelles qui menacent de la remplacer.
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