L'Arctique, nouvelle frontière stratégique ?
En mars 2025, un brise-glace nucléaire russe baptisé Yakoutie quittait son port d'attache pour sa traversée inaugurale vers le golfe de l'Ienisseï, dans la mer de Kara. Quelques semaines plus tard, à 290 milles nautiques des côtes de l'Alaska, une flottille de cinq navires chinois menée par le Xue Long 2 effectuait une mission officiellement scientifique d'une ampleur sans précédent. Ces deux événements, apparemment anecdotiques, cristallisent une réalité géopolitique en train de bouleverser l'ordre mondial : l'océan Arctique, longtemps sanctuaire gelé aux confins du monde habité, devient le théâtre d'une compétition stratégique d'une intensité inédite depuis la Guerre froide.
L'Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste de la planète. En septembre 2024, l'étendue de la banquise atteignait son sixième niveau le plus bas depuis le début des observations satellitaires en 1979. La glace pluriannuelle, celle qui survit plusieurs étés et forme l'ossature de la calotte arctique, a diminué de plus de 95% depuis les années 1980. Ce qui relevait hier de la spéculation appartient désormais au domaine du probable : selon les projections les plus récentes, un premier jour sans glace dans l'océan Arctique pourrait survenir d'ici 2027. Cette transformation environnementale aux conséquences planétaires ouvre simultanément un espace géopolitique nouveau, où se télescopent ambitions territoriales, appétits économiques et calculs militaires.
Car l'Arctique n'est pas seulement un indicateur du changement climatique. La région recèlerait environ 90 milliards de barils de pétrole et 1 670 billions de pieds cubes de gaz naturel non découverts, soit près de 22% des réserves mondiales. S'y ajoutent des gisements considérables de terres rares, de zinc, de nickel, de palladium et d'autres minéraux critiques pour la transition énergétique. La valeur estimée des seules ressources minérales de l'Arctique russe oscillerait entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars. L'ouverture de nouvelles routes maritimes, notamment la Route maritime du Nord le long des côtes sibériennes, promet de réduire de 40% le temps de transit entre l'Asie et l'Europe par rapport au passage par le canal de Suez.
Cette nouvelle donne géographique et économique attise les convoitises des grandes puissances et transforme la région en un échiquier où se jouent les équilibres du XXIe siècle. Entre militarisation croissante, recomposition des alliances et fragilisation de la coopération internationale, l'Arctique concentre désormais l'ensemble des tensions qui structurent les relations internationales contemporaines.
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